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A quoi servent les ronds-points ?


 

Parce que beaucoup d'entre-nous vont partir sur les routes, nous sommes aux anges de vous offrir ce film de Pierre Goestchel, Rond-point, des Productions de l'œil sauvage. Réfléchir à ces fleurons de nos routes départementales sans se prendre trop au sérieux, c'est le défi que se lance en 2010 le réalisateur, Tintin dégingandé embarqué à bord d'un camping-car pour faire le tour de question.

 

L'enquête s'avère exigeante et il ne va rien omettre : explorer les symboliques du circulaire, en compagnie du joueur de Vielle Valentin Clastrier, d'un lama tibétain, d'un derviche tourneur... Rencontrer les élus, souvent fiers de maîtriser ainsi les questions d'aménagement urbain, même si certains réalisent « qu'il leur faut ramener la ruralité sur le rond-point pour célébrer leur identité de territoire, rapporter le paysage alentour au cœur du bourg ». Absurde ou humour ? Tintin-Goetschel s'en va ainsi au Salon des Maires de France à la découverte de la modernité de nos signalétiques ; à la rencontre de Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes et champion du double-rond point, « point d'orgue de la fluidité ». Paroles contestées par la suite par l'anthropologue Marc Augé, discret mais éloquent, qui nous rappelle combien le rond-point est illusion de circulation pour les exclus de notre société, qui ne font ni partie de l'aristocratie qui fait circuler savoirs, argent, pouvoir, ni de la masse des consommateurs qui fait marcher la machine  : «  rond ne mène nulle part, et point clôt la discussion ». Le carrefour, ponctué de croix et de calvaires en Bretagne, était lieu de rencontres ; le rond-point n'est pas un lieu de vie. La verve des sculpteurs pour rond-points ou des représentants en décorations diverses, champions du cercle asphalté, nous en ferait-elle douter ?

 

Pierre Goetschel nous permet de voir avec d'autres yeux le rond-point, symbole de la pauvreté de nos vies périurbaines, du « déménagement » du territoire, métaphore du monde moderne ? « Un monde qui s'impatiente à ses propres frontières » : excellent sujet pour bac de philo, à méditer dans les embouteillages estivaux. Bel été à vous !