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Ar gwim


Ar gwim, c'est l'herbe qui repousse après la moisson, un joli mot pour désigner le regain.
Soazig Daniellou nous emmène dans une rêverie en breton. Comme une journée de vacances sans fin, les garçons sont en culottes courtes et les filles agitent leurs tresses. On joue à l'ombre du manoir, on joue et on piaille en breton, on s'interpelle en riant fort : Malo, Lena, Riwanon, Nolwenn, Herlé ! Tout nous dit la Bretagne. Une Bretagne qui se remet de la seconde guerre mondiale, qui doit affronter les soupçons et fantômes de la collaboration. Exilés en banlieue parisienne, au manoir de Keranna, épaulés par la Mission bretonne ; dans ces familles on ne parle que breton à la maison. Un choix courageux pour l'époque, un choix qui montrera aussi ses limites.

Alors viendront les colonies en breton, puis avec l'abbé Calvez une amorce de filière bilingue dans l'école Sant Erwan de Ploueg, puis enfin l'invention de KEAV, formule innovante de stages de breton l'été, souvent en famille. Les familles ont nom Louarn, Kervella, Huon, Denez, la majorité d'entre eux sont restés de fervents militants de la cause bretonne.

Lena Louarn fait la synthèse : « Nous avons pris un chemin différent de nos parents, en liant la langue aux luttes sociales. » Les archives nous montrent Mai 68, Plogoff, on peint des slogans en breton. Plus tard, la réflexion s'ouvrira au monde entier. Une lutte pour l'identité peut se conjuguer avec la solidarité internationale. Ceux qui furent ces gosses rieurs des images du début du film affichent aujourd'hui une tranquille sérénité. Leurs parents n'y sont pas pour rien.

Un film qu'il est nous possible de présenter grâce à la Cinémathèque de Bretagne, dont les précieuses archives sont de plus en plus partagées, pour notre bonheur à tous .