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Breizh erotik, indispensable !


Alors que les gestes barrières de ces derniers mois nous ont probablement un peu éloignés les uns des autres, il est très agréable de revoir le film de Roland Thépot, Breizh erotik, tourné en grande complicité avec la comédienne Goulwena an Henaff. Celle-ci nous interpelle dès les premières images avec une affirmation tranquille : « en Bretagne, on est plus pudique qu'ailleurs, on ne se touche que peu souvent, on ne s'embrassait pas beaucoup ». Elle rajoute « il nous manque des mots, des mots qui font rougir, des mots que l'on prononce tout bas, alors je suis allée les chercher ».

 

Sa balade l'emmène écouter d'autres bretonnants, qui racontent, chacun à leur façon. Le poète Yvon Le Men, qui sait trouver les mots : «  il nous manque l'exercice de la tendresse ». Ninnog Latimier, qui s'est lancée dans la traduction en breton du fameux texte Les monologues du vagin, et en a appris beaucoup, alors qu'elle se questionnait sur la rupture dans la chaîne de transmission, sur les émotions maternelles qui n'ont pu être dites en breton après l'interdiction de la langue. Bernez Rouz et Martial Ménard, dans les années 70 si propices à la libération sexuelle, se retrouvent sue les bancs de la fac. Ils sont alors déterminés avec d'autres à mettre en dessins les facettes de la sexualité que l'on taisait en breton : ce sera la revue Yod Kerc'h, Bouilllie d'Avoine, un Charlie hebdo mod brezhoneg, devenu collector aujourd'hui, comme le fameux Petit dico érotique du breton de Martial.  Chacun dit à sa façon la nécessité de dire les corps, les sentiments amoureux, de dépasser la dérision et les mots graveleux : la chanteuse Nolwenn Korbell explique pourquoi elle a voulu poser nue sur la pochette de son album Noazh. On entendra aussi les comédiens Yann Fulup Dupuis ou Yann Herle Gourves, une masseuse, un danseur, le travesti Poupette...

A noter qu'une version en breton de ce film existe, Korf a korf, que l'on retrouve aussi sur Bretagne et Diversité, en 26 minutes.