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Du Tarn à la Nouvelle-Calédonie


Deux festivals de documentaires que nous aimons, chacun à un bout du planisphère et dans des ambiances si différentes. Mais tous deux inventifs, rigoureux, et tellement citoyens !

Ce sont Echos d'ici Echos d'ailleurs à Labastide Rouairoux dans le Tarn, une manifestation fidèle au grand documentariste Christophe de Ponfilly, et Ânûû-rû-Âboro à Poindimié en Nouvelle Calédonie. Un nom qui signifie l'ombre de l'homme en langue kanak paicî.

 

Le premier, Echos d'ici Echos d'ailleurs, va fêter sa 14 ème édition, les 8, 9 et 10 octobres prochains. Il s'est recentré sur une question essentielle : c'est quoi ce travail ? Un hommage particulier y est rendu au réalisateur Gérard Mordillat, qui n'a cessé d'explorer cette question.

Parmi tous ses films, on reverra avec plaisir Mélancolie ouvrière, de 2018. Autres titres qui nous appâtent : En attendant le carnaval de Marcelo Gomes, tourné dans le village de Toritama dans le Nordeste brésilien, un endroit étouffé par une industrie du jean florissante, et où les habitants ne peuvent échapper à l'oppressant capitalisme que la semaine du Carnaval, espace de transgression qui les sauve … Une autre film que l'on aimerait voir : Massoud et la délégation de l'espoir de Christophe de Ponfilly, réalisé en 2002 : l'histoire d'une délégation parlementaire qui part rencontrer Massoud en Afghanistan, afin de préparer sa venue en France en 2001. Il venait notamment alerter l'Europe sur la montée des talibans dans son pays. Quelques mois plus tard, il était assassiné, le 9 septembre 2001, deux jours avant les attentats des Twin Towers... Un film qui dit la solidarité du Festival Echos d'ici Echos d'ailleurs avec le peuple afghan et sa fidélité à Christophe de Ponfilly, parrain de cette manifestation depuis la première année, et dont nous avions fait le portrait pour BED.

 

Enfin, à des milles marins de là, à Poindimié et dans les communes des trois Provinces de Nouvelle-Calédonie, le Festival Ânûû-rû-Âboro réusssit l'exploit de réunir 35 films des 5 continents et de 23 pays différents. Sa ligne de programmation est restée la même depuis le début : soutenir et réaliser des films documentaires qui ne sont pas seulement des témoignages plus ou moins bien « habillés » qui documentent le réel, mais qui se veulent des œuvres cinématographiques dotées de leur propre langage. Ce-faisant, les organisateurs ne perdent pas leur objectif premier de proposer à la population calédonienne une ouverture sur le monde, via des films documentaires exigeants et variés. De décloisonner l’accès au cinéma documentaire sur le territoire, y compris dans les zones les plus reculées, où il est normalement inaccessible. Echanges et rencontres, un bien commun précieux en ces temps de fractures...

Films à retrouver sur le site du Festival