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Film poétique, pour Roi de Corse singuiier !


C'est une histoire singulière, poétique et un peu extravagante que vient nous offrir la réalisatrice Anne de Giafferri , celle de Théodore 1er, Roi des Corses.

 

C'est en Mars 1736 que le Baron de Neuhoff, originaire de Westphalie, débarque sur une plage d'Aléria en Corse, alors sous domination gênoise depuis 4 siècles. Il n'a qu'une ambition, fort simple : combattre l'occupant gênois et devenir, ce faisant, Roi des Corses.

 

Auparavant, il a d'abord été au service de la Duchesse d'Orléans, puis a combattu avec les troupes jacobites en Ecosse afin de restaurer la dynastie des Stuart, sans succès, avant de se marier à Madrid et de servir la Cour d'Espagne. Les alliances du moment lui font connaître bien des défaites, et on le retrouve conspirant avec des chefs insulaires corses en Italie, à Livourne vers 1734.

 

Revenons sur la plage d'Aléria : Neuhoff y distribue ses faveurs et courriers , avant de gagner Alesani où est rédigée la constitution qui institue le royaume indépendant de Corse. Il est élu par une assemblée constituante Roi des Corses le 13 avril 1736. Le régime se met en place, avec ses attributs : frappe de monnaie, titres délivrés, constitution d'une armée et projet d'une université, idée qui sera reprise par Pasquale Paoli un peu plus tard.

Le roi Théodore 1er se met en route pour bouter l'ennemi gênois, vers la Balagne. Un périple incroyable va le mener de fort militaire en couvent, de palais en batailles, d'espoirs vains en défaites. Les sièges successifs s'enlisent et le roi doit quitter l'île en novembre 1736. Il part chercher de l'aide auprès des cours européennes. Cela va précipiter l'intervention de la France, en 1738, sous le commandement du Comte de Boissieux. C'est là une autre histoire d'alliances, confrontées à d'âpres résistances locales. Quand à Théodore, il tente d'autres retours en son ex-royaume, mais doit finalement renoncer, errant le reste de sa vie, et finissant dans le dénuement le plus complet à Londres, où il meurt en 1756.

 

Si ce documentaire prend ses distances avec la reconstitution historique, c'est que la réalisatrice fait incarner Théodore par une marionnette à son effigie, sculptée en résine et animée par des comédiens talentueux, qui la manipulent à-vue. Des figurants complètent les tableaux, qui sont des évocations. Cela permet vraiment de se sentir très proche de cette personnalité singulière, nous faisant partager ses doutes, ses arrogances et ses insomnies. Mais aussi de fugaces instants de bonheur ?

Sous ce prétexte, on découvre aussi une Corse de l'intérieur, sauvage et résistante, à l'image des insurgés que rencontre sur sa route ce Roi si étonnant... Les contributions bienvenues d'historiens viennent renforcer le récit de cette épopée, et cette réalisation originale et poétique.