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Histoires extraordinaires de gens ordinaires.


 

Pour ceux qui se demandent encore ce qui se cache derrière les droits culturels, la déclaration de Fribourg... le pertinent film de Sylvain Huet, C'est là, c'est pas ailleurs, viendra offrir un joyeux bouquet de réponses, toutes pétries d'humanité. Un théâtre populaire, des parcours sinueux, qui invitent chacun.e à se retourner sur sa propre histoire...

 

On dit que la morgate arrive quand l'aubépine est en fleurs.

Mon mari est à la pêche.

Plus le temps passe, mieux je me sens. Mieux à 73 ans qu'à 20 ans.

 

Paroles d'habitants de Séné.

Séné, commune de 9000 habitants, qui joue à se glisser entre les marais peuplés d'avocettes et de tadornes, et l'agglomération vannetaise, qui en impose !

Paroles recueillies et jouées, à l'orée du projet de construction de la salle culturelle de Séné, qui prendra le nom de Grain de Sel.

En 2010, Sylvain Huet s'avise, très heureusement, de mettre sa caméra dans les pas de Laurence Pelletier, sa compagne, et Anne Le Joubioux, toutes deux metteuses en scène. Laurence est alors aux manettes de cette future salle, qui veut faire une vraie place aux habitants de Séné. Le diagnostic de l'équipe municipale est pertinent : créer des lieux de rencontre, dont un lieu pour la culture. Et non le contraire. Une culture populaire, qui met les habitants sur les planches, mais qui exige un temps long, de la sueur, de la rigueur. Le projet s'intitule Circulez y a tout à voir !

Il va durer dix-huit mois, de avril 2010 à septembre 2012, pour 5 représentations seulement. Pendant ce temps, le centre culturel se construit, et le réalisateur nous donne à voir coffrages de béton, poutrelles et cloisons mobiles. Le parallèle s'impose facilement, entre échafaudages et répétitions.

 

C'est une joyeuse troupe de 35 habitants, tous amateurs, qui va « se mettre en action », interagir, douter, avancer, reculer de trois pas, se remonter les manches, se frotter les yeux, recommencer...

35 parcours singuliers, ils ne se connaissent pas, mais ont en commun d 'avoir pris le risque de se raconter. Ils sont accompagnés au début par l'écrivain Gérard Alle, qui collecte leurs récits, les retranscrit et leur remet, dans des moments chargés d'émotions. « T'as quand même une belle histoire, je me dis avant de m'endormir »  confie l'une des protagonistes au réalisateur.

Ils vont ensuite multiplier les ateliers de théâtre, encadrés par Anne et Laurence, jamais à court de trouvailles ni d'énergie. Tous vont faire les choses de façon très professionnelle, allant jusqu'à être associés au choix des costumes, décors, scénographie.

 

Vient le temps des premières restitutions, le trac immense des premières représentations à Séné, où accourent parents, voisins, toutes celles et ceux qui s'autorisent à franchir le seuil de la toute neuve salle de spectacle. Les acteurs font société devant leurs pairs, et l'histoire dépasse alors les frontières de Séné. Il faut voir alors Laurence et Anne redonner confiance à leur troupe ! Le trac volera en éclats, l'intime nous reliera à l'universel, de la guerre d'Algérie de l'un aux blessures de l'autre, des complexes aux révélations. Y a des bouts de vies qui se cachent derrière nos mots, relate un autre, même si on en sort pas indemnes. Pourquoi ?

Nous, on en reste babas, tout retournés ! Dix ans après, la question mérite toujours d'être posée.