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Humeurs botanistes


Quelquefois, il faut savoir remonter dans l'Histoire, pour faire de belles rencontres, et se mettre un court instant à l'abri d'une actualité maussade. Grâce au film Mauvaises herbes, de Anne de Giafferri et Gilles Blanchard, j'ai pu visiter les merveilleux Jardins de la Minerve, à Salerne, au Sud de Naples. Ces Jardins botaniques remontent au XIIIème et XIVème siècle, et on doit leur agencement à Matteo Silvatico, un botaniste médiéval, qui enseignait les plantes à l'Ecole de Médecine. C'était un temps où les préparateurs de poisons avaient une activité intense, où l'on savait que la mandragore altère l'état de conscience...

 

J'ai pu aussi cueillir en Corse de quoi faire une soupe d'herbes. Laiteron, bourrache, pimprenelle, herbe de l'Ascension, pariétaire, ombilic de Vénus, plaintain, des noms qui composent un simple poème...aux simples.

J'ai vu Antoine Filippini purger ses poules grâce à une décoction de branches de frênes, planter une tige d'héllébore dans l'oreille de son cochon pour soigner la pneumonie, placer un collier de buis autour du cou de sa brebis parturiente pour aider à l'expulsion du placenta.

 

Et enfin, j'ai pu me réfugier sur le souk de Tissint, dans le Sud marocain, où vit la plus grande communauté d'herboristes du pays. J'y ai vu des plantes signatures, des plantes dont l'apparence était censée révéler leur usage et leurs fonctions. Une théorie qui remonte à l'Antiquité, mais bien évidemment contestée plus tard, dès les Lumières. Parmi elle, la rose de Jericho, dédiée à la fertilité dans le désert, à l'incroyable allure.

Pour ce simple moment de poésie, allez vous promener parmi les mauvaises herbes.