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L'abbé Bourdelles, l'éveilleur


Un coup de cœur, ce peut être aussi le cœur qui se serre, quand on se retourne sur un quai de port de commerce. Le cargo file vers l'inconnu, il emmène au large des ouvriers en bleus de travail, suant au temps des fenaisons. Il emmène l'accent rocailleux d'un abbé doué de clairvoyance, d'une lucidité à vous faire dresser les épis de blés mûrs sur la tête. Ce film, c'est An abad Per Bourdelles, l'éveilleur, que l'on doit à Jean-Louis Le Tacon.

Le cargo tangue vers les promesses d'une Bretagne des années 60, domptée par le CELIB, promesses jamais tenues par une France du dédain.

Le film tresse ensemble vidéo et pellicules 9,5mm, riffs de guitares et voix au grain si tendre de Yann-Fanch Kemener. La langue bretonne sonne juste et fort. Le cargo fantôme est peuplé de disparus, mais leurs voix, et ces images de l'abbé Per Bourdelles, résonnent fort en temps de mornes lendemains. Il nous faut les regarder, droit dans les yeux.

Merci à Jean-Louis Le Tacon, d'avoir deviné tout cela à l'orée de 1988 … Merci aux ouvriers du Joint Français, à l'Abbé si digne et à toutes celles-ceux qui ne se résignent pas.