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L'Egypte vue par ses femmes.


Le film de Tahani Rached, Quatre femmes d'Egypte, date de 1997 mais reste une merveilleuse leçon de tolérance. Pas vraiment une leçon : il nous faut préciser que ces femmes- là n'aiment pas se mettre en avant ; elles ont appris en faisant, en luttant, en marchant dans les rues avec le peuple égyptien.

Il faut les nommer, parce que chacune d'entre elles a un parcours si singulier.

Il y a Amina Rachid, universitaire, aux accents laïques, née dans une grande famille francophile d'Egypte, et qui se révolte tout au long de sa vie pour plus d'équité sociale.

Il y a Safynaz Kazem, musulmane, islamiste comme elle l'entend, auteure, journaliste et critique littéraire, qui devra s'exiler et faire de la prison. Wedad Metri est enseignante et parmi les premières femmes engagées dans des mouvements universitaires. Emprisonnée elle aussi. Shahinda Maqlad est membre fondateur du Comité de soutien aux paysans bénéficiaires de la réforme agraire. Depuis un demi-siècle, elle lutte contre « le féodalisme, l’absolutisme et le capitalisme sauvage ». Son mari a été assassiné. Elle rejoindra en prison ses professeures.

 

Qu'ont elles en commun ? Un inamovible humour, une auto-dérision à toute épreuve, un sens de l'amitié inébranlable, une envie sans fond ni fin de lutter pour plus de justice, un pessimisme qu'elles dissimulent sous des fous rires incessants. Et encore ? Politiquement incorrectes, elles se confrontent sans cesse, jouant sur leurs différences, leurs points de vues divergents qui se frottent les uns aux autres, non sans étincelles. La tolérance, pour chacune d'entre elles, c'est écouter celle avec qui l'on n'est pas d'accord. Sinon, à quoi bon ?

 

Compagnes d'armes, de luttes, de prison, « où elles se retrouvent comme si on arrivait à l'auberge » dit l'une, elles se confrontent aussi aux regards de leurs filles respectives, parfois éloignées de ces mères si puissantes. Mais tout peut co-exister, affirment-elles. Tous les thèmes sont déroulés, autour d'un café ( «  ma thérapie » ), d'une bonne table  : la foi, l'éthique, les affrontements chrétiens- musulmans, les réformes agraires, Nasser et Sadate, et le roi Farouz, l'individualisme sauvage, la place inaliénable des femmes et leurs droits à conquérir.

C'est un carré de reines que nous présente Tahani Rached. Dans l'intimité des salons, sur les terrasses de terre, ou au pied de bibliothèques débordantes, on devine bien que la réalisatrice partage le même amour pour la tolérance. Chapeau, mesdames !