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Les résistants de l'ombre


Il y a dix ans déjà, par un mois pluvieux à creuser les chemins de terre de gigantesques ornières boueuses, arrivaient sur les rivages de Indre, en Loire-Atlantique, 40 caravanes à bout de course, et autant de familles roms, toutes aussi épuisées, venues s'échouer quelques mois dans cette petite commune. La réalisatrice Sophie Averty vit à Indre et elle y a tourné, un peu plus tard, Cause commune. Entre terrain vague, et vague honte.

 

Si Cause commune nous passionne encore, après toutes ces années, c'est qu'il évoque le moment précis où se crée un collectif, qui va porter à bout-de-bras la question de l'accueil et de la cohabitation avec ces familles. Comment on s'engage, pourquoi on se « met en route » , c'est de cela qu'il est question, plus que du quotidien de ces populations. Le cheminement, la force et les contradictions du collectif, les débats houleux qui mènent au compromis, le trouble face à plus démuni que soi, l'envie d'éviter tout voyeurisme, autant de balises et de traces. Ainsi que la force sincère du maire Jean-Luc Le Crenn, et des bribes de poésie qui émaillent le film, poésie recréée par Sophie Averty pour ré-enchanter sa caméra …

 

Ce film vient résonner avec l'excellent film de Goran Marković, Les résistants de l'ombre.

Marković est un réalisateur, dramaturge et metteur en scène serbe, qui filme les premières manifestations qui vont précipiter la chute du dictateur Milosević. Ces manifestations sont nées le plus souvent à l'initiative d'une seule personne, il en faut bien une, dans des petites villes du Sud de la Serbie, alors que Belgrade avait épuisé ses forces d'opposition.

Oui, quand l'espoir est perdu, il reste … l'espoir !

Et se mettre en mouvement est toujours possible.