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Opitciwan


Trésor d'images en provenance d'Opitciwan. C'est en ces termes que Louise de Grosbois, réalisatrice québécoise, évoque les photos de son grand-père, prises en 1917 en Haute-Mauricie, sur le territoire des Atikamekw. Photos noir et blanc ou sépia, qui nous montrent un peuple déjà éprouvé par l'industrialisation. Les années qui suivront ne feront qu'aggraver les blessures.

Le commentaire de Louise est poétique, et pourtant le constat est sans appel. Elle nous dit : « la forêt est coupée à blanc, percée par le chemin de fer, ravagée par les incendies, polluée par le flottage, envahie par les comptoirs de traite de fourrure et les clubs de chasse et pêche, harnachée par les barrages. Les Atikamekw n'ont eu aucun pouvoir sur leur propre territoire. »

Louise, avec une patience infinie, interroge les Aînés, qui évoquent le temps de leur enfance. Quand on gardait les pattes de lièvre pour en faire des peignes. La transmission des savoir-faire s'est éteinte avec l'école, affirme une ancienne, au visage parcheminé de mille rides...

Et pourtant, toujours la vie reprend son cours, résiste encore. Courses de canoës, parties de chasse, repas collectifs qui s'ensuivent, gestes ancestraux comme le laçage de raquettes, les remèdes à base d'écorces, ou gestes modernes, comme ce rocker atikamekw qui rugit dans son micro...

Simon Awashish, élu du conseil de la Nation, affirme tranquillement : « quand tu rêves à quelque chose, c'est déjà que cela peut se réaliser »...

Louise de Grosbois rassemble, comme son grand-père avant elle, un trésor d'images.