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Tu seras suédoise ma fille, un film précieux sur l'exil


 

Tu seras suédoise ma fille, de Olivier Jobard et Claire Billet, est un film précieux. Loin des images TV, parce que les réalisateurs prennent le temps, il nous permet de comprendre ce que «  la route de l'exil » peut signifier. Sans que nous n'ayons jamais à connaître nous, les errances dans les bois, les contrôleurs qui vous expulsent de nuit du train, les repos sur le ballast, les camps pour reprendre son souffle.

 

Les réalisateurs ont suivi, avec un infini respect et une grande pudeur, le chemin clandestin de ce couple syrien, depuis l'île de Kos en Grèce jusqu'à la Suède. Ahmad et Jihane partagent la vie d'un groupe de clandestins avec leurs enfants Maya et César, le plus souvent blottis dans leurs bras.

Macédoine, Serbie, Hongrie... les frontières se suivent, et les humains ne se ressemblent pas toujours.

Plus tard, en Suède, naîtra Sally. Sa naissance coincidera presque avec le titre de séjour permanent qui leur est accordé. Les échanges avec les deux parents sont filmés dans une belle intimité, qui raconte en creux la présence discrète des réalisateurs. A sa dernière fille, Ahmad voudrait faire connaître la Syrie un jour, lui dire la violence de cet exil, revenir à Yarmouk en banlieue de Damas, alors que Jihane ne veut pour elle que douceur et répit, dans une Europe qui les abrite désormais... Quel sera le récit familial ?

Beaucoup d'autres films constituent le volet Migrations de BED.

 

A lire, textes et photos du même couple, Kotchok, sur le route des migrants, l'exil de jeunes Afghans en 2013. Un livre que l'on n'oublie pas facilement.