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Un film salutaire et bienvenu !


Le film Un paese di Calabria que nous venons de rajouter sur BED, grâce à la complicité de la maison de production douarneniste Tita productions, est précieux à nos yeux, en ce moment particulièrement. Parce que, s'il a été réalisé en 2016, il résonne très fortement avec l'actualité italienne de 2021, qui devrait être aussi la nôtre, puisqu'il s'agit de solidarité internationale, de délit d'hospitalité, de fraternité.

 

Le village ( paese ) du titre, c'est Riace, en Calabre, petit bourg du sud de l’Italie, qui a longtemps subi un exode rural massif. Maisons vides, climat rude, cultures abandonnées. Shu Aiello, co-réalisatrice du film avec Catherine Catala, a une aïeule originaire de là. On entendra sa voix d'émigrante. Fanfare, procession des saints, ramassage scolaire, ruelles désertes et bavardages du soir, le décor est joliment brossé.

 

En 1998, un bateau transportant deux cents kurdes échoue sur la plage, en contre-bas du village. Spontanément, les habitants leur viennent en aide. Petit à petit, migrants et villageois vont réhabiliter les maisons abandonnées, relancer les commerces et assurer un avenir à l’école. C’est ainsi que chaque jour depuis 20 ans, le futur de Riace se réinvente, sous la houlette de celui qui fut longtemps son maire charismatique, Domenico Lucano.

 

Ce même Domenico vient d'être condamné ( le 30 septembre dernier ) à une peine très lourde : treize ans et deux mois de prison, assortie d'une amende de 750 000 euros. Pour avoir développé un modèle d'hospitalité, redonné espoir aux migrants comme à ses concitoyens, refondé une ville perdue. Bien entendu, la réalité est toujours plus complexe. Au bout de deux mandats, Domenico n'a pas été ré-élu. De sordides accusations pèsent sur lui. Il est notamment la cible de la mafia calabraise tristement réputée, la 'ndrangheta, qui voit d'un mauvais œil une main-d'œuvre à bas prix lui échapper ( en tant qu'ouvriers agricoles, presque esclaves modernes).

 

Mais Domenico avait prouvé qu'un autre modèle est possible. Réhabilitation des logements, avec l'accord des propritéaires exilés en Amérique notamment, ouverture de classes, transmission de savoirs ancestraux, création d'activités comme le tissage, la fromagerie, le pressage d'huile d'olive.

Il avait été créatif, inventant une monnaie locale pour devancer les aides d'état qui arrivaient trop tard pour les migrants.

C'est aussi parce qu'il a mis en lumière la démission des services publics, incapables de donner assistance ou de protéger les migrants, qu'il est aujourd'hui condamné aussi injustement.

Le gouvernement de Mario Draghi lui reproche évidemment d'avoir outrepassé ses fonctions de maire, comme d'avoir détourné la loi. Réquisitoire bien faible face aux exactions de la mafia locale, symbole de la lâcheté de nos dirigeants.

 

Riace reste à nos yeux un exemple de ce qui pourrait être tenté partout en Europe, si nous ne voulons pas faillir à notre humanité.

Mais regardez déjà le film …