Coup de coeur

Manu de Gabriel Kerdoncuff nous replonge au cœur des années 70 avec bonheur !


Manu, c'est Emmanuel Kerjean, natif de Bonen près de Rostrenen, en pays fisel. Un fils de paysan, marqué toute sa vie par le chant et la danse de ce pays, de ce terroir qu'il va « porter », « valoriser » à sa façon, dans les festoù-noz comme dans les concours de chant, à Paris comme à New-York où une tournée triomphale le conduit en 1976. Manu disparaîtra en 1997, laissant orphelins toute une génération de chanteurs, qu'il aura cependant su accompagner et former au kan-ha-diskan.

Manu est ici filmé dans la cuisine formica de sa ferme de Plouray, où il vit avec Marie son épouse. On le voit, mise en abîme, se regardant filmé dix ans plus tôt, en compagnie de deux jeunes débutants, Yann-Fanch Kemener et Eric Marchand. Tout l'enjeu de la transmission est là, au fil de ces images en noir et blanc, mais si précieuses aujourd'hui.

Déplacer les montagnes


Déplacer les montagnes est le récit d'une frontière qui se dessine, brutalement, entre l'Italie et la France : pour empêcher les exilé.e.s de traverser la frontière, les forces de l'ordre ont été déployées en nombre ces dernières années sur le versant français des Alpes. La réapparition d'une frontière ne se passe jamais sans violences. Il est rare qu'elle se passe sans solidarité également. C'est ce second volet qu'explore le film, plongée dans la vie quotidienne de ces villages des Hautes-Alpes chamboulée par l'arrivée de jeunes femmes et hommes épuisé.e.s.

Le film fait la part belle aux petites scènes du quotidien, qui pourraient être anodines dans d'autres contextes, qui ici ne le sont pas : se réchauffer les pieds dans une bassine, apprendre quelques mots dans une autre langue, faire un puzzle avec les enfants, chanceler sur des skis. Dans les interstices, partout, de la poésie. Les rencontres improbables créent souvent de la poésie, les fragilités dans la langue d'accueil aussi : C’était une vie simple, mais sucrée, ou encore Beaucoup de gens pleurent en silence et leurs yeux sont calmes.

Mais en toile de fond, la violence de l’État, physique et symbolique, est partout présente. En réponse, la colère, l'indignation : comment peut-on laisser faire ça ? Comment peut-on, aujourd'hui, mourir en montagne entre l'Italie et la France, trébucher en tentant d'échapper à la police et tomber dans la neige, après avoir traversé tant d'autres frontières ? Les longs plans fixes sur les montagnes, immenses et impassibles malgré les tourments qui se jouent à leurs pieds, nous laissent à cette méditation. Et le film pourrait, à défaut de déplacer les montagnes, donner envie d'ouvrir des portes et de faire une place près du poêle à bois.

La langue de Zahra


La langue de Zahra est un film de Fatima Sissani, réalisatrice algérienne. Cette dernière a grandi en banlieue parisienne, entre deux sœurs et une maman venue de Kabylie avec son mari, aujourd'hui disparu. Entre fourneaux et salle à manger, Fatima décide d'interroger sa mère, qui, alors qu'elle est en France depuis 35 ans, ne s'est jamais résolue à apprendre le français. Muette, résignée, assez fataliste, la même Zahra est enjouée, déterminée et bavarde comme une pie dès qu'elle met le pied dans son village, au bled. Fatima et ses sœurs sont fortement ébranlées, émues de ce grand écart que leur mère s'est imposé. L'interrogatoire est tendre et non musclé, les silences de Zahra nous laissent le temps de penser à nos propres anciens, à leur relation avec la culture orale et populaire, entre récits et mythes fondateurs... La langue pour dire une autre façon d'être au monde, c'est bien ce qui se joue dans la cuisine en formica de Zahra.

A signaler que Fatima Sissani sera présente avec son film Tes cheveux démêlés cachent une guerre de 7 ans, portraits croisés de trois résistantes à la colonisation française, lors de l'édition prochaine du Festival de cinéma de Douarnenez. Leurs noms méritent d'être cités : Eveline Safir Lavalette, Alice Cherki et Zoulikah Bekkadour. Chapeau, mesdames !

L'Emir Abdelkader, cavalier, résistant, lettré et amoureux...


Alors que nous avons tous les yeux fixés sur l'Algérie, où se profilent de grands bouleversements, nous avons trouvé opportun de donner un coup de projecteur sur le film A la recherche de l'Emir Abdelkader, de Mohamed Latrèche.
Ce film, qui date de 2003 est le premier de ce réalisateur algérien attachant, qui a travaillé depuis en fiction comme en documentaire, signant tout juste un portrait de Boudjemaâ Karèche, ancien directeur de la Cinémathèque Algérienne, ou explorant la genèse de l'extraordinaire film Tahia Ya Didou, de Mohamed Zinet.

Le réalisateur a souhaité nous offrir un portrait plus complexe de l'Emir, au-delà de ses faits d'armes. Celui-ci prit la tête de la résistance à l'envahisseur français, de 1832 à 1847, puis fut défait par le Général Bugeaud. Capturé, il sera envoyé en détention surveillée à Amboise puis à Damas où il finira ses jours, écrivant beaucoup. Derrière la figure très consensuelle du résistant, Latrèche esquisse un homme pétri d'humanisme, poète et philosophe, attaché à la tradition soufi et en même temps moderniste, dans le contexte de son époque. Un exemple parmi tant d'autres : il laissa un testament qui mettait sur un pied d'égalité fille et garçon, quand le droit musulman spécifiait deux parts pour un garçon, une pour la fille.
Portrait à revoir donc, d'un grand mystique arabe, auteur de l'Islam moderne, mais aussi cavalier éperdument amoureux...

A lire pour continuer à chevaucher en compagnie de l'Emir :

« il était une fois des gens qui se battent racontés par d’autres gens qui se battent ... » 


Le dossier Plogoff est une démarche généreuse d’un collectif audiovisuel

Cette semaine, c’est une démarche collective que nous tenons à saluer en forme de coup de cœur : le travail du Collectif Audiovisuel Synaps qui a restauré en 2017 le film Le Dossier Plogoff tourné en 1980 par François Jacquemain.

En effet, ce collectif, qui annonce avoir fait cela avant tout pour le plaisir de renouer le lien entre ceux qui font les films et ceux qui les voient, a vu généreux. Le film est mis en ligne sur leur site, il est recommandé de le faire circuler et on peut juste appuyer la démarche si on le souhaite , soit par chèque ( adresse ci-dessous ), soit par versement paypal en se rendant ici.

Non content d’avoir restauré la copie, en se faisant aider par des amoureux de la pellicule, qui la voient « comme un dialecte qui refuserait de mourir », ils l’ont aussi traduite en 8 langues, dont le breton, le corse ou le grec.

Leur dossier de presse est éloquent : les gestes et les mots des habitants de Plogoff enjambent quelques décennies pour venir offrir une caisse de résonance aux luttes actuelles ... Tout un programme, notamment contre tous les saccages environnementaux .


Par chèque:

à l’ordre de Synaps Collectif Audiovisuel à envoyer, accompagné d’un mot « DON PLOGOFF »,  à Synaps Collectif audiovisuel – 9 rue François Debergue 93100 Montreuil.

MERCI à VOUS !