Coup de coeur

Hassen Ferhani


Ce jeune réalisateur de 33 ans nous a tout simplement ouvert grand les fenêtres donnant sur l'Algérie, grâce à son premier film, Les baies d'Alger inventif en diable, démonstration épatante de la diversité de la capitale algérienne.

De baie en vasistas, de porte-fenêtres en lucarnes, Hassen nous fait entendre des bribes échappées du quotidien, rêveries, embrouilles, espoirs. Tout est dit en peu de mots, et ce court-métrage ouvre le voie royale aux autres films d'Hassen, repéré ensuite pour son documentaire tourné dans les abattoirs d'Alger, Dans ma tête un rond-point, à découvrir à Douarnenez.

Allez en lire plus sur Hassen Ferhani, qui a eu la gentillesse de partager son parcours sur Bed. Et guettons son tout-dernier documentaire, projeté à Locarno en ce mois d'août 2019 : 143 rue du désert , le portrait revigorant de Malika, qui tient un café pour routiers au milieu du Sahara... Tous les espoirs sont permis !

Une nuit en Bretagne


Y a rien de plus beau qu'une rangée de danseurs... Si on veut un avenir pour notre culture, il faudra être volontaires et solidaires… La tradition, c'est ce qui se passe aujourd'hui, on peut pas rester stankés sur le passé...

De quel blockbuster sont tirées ces répliques ? Du fameux Une nuit en Bretagne de Sébastien Le Guillou, réaliseur trégorrois dont nous aimons les portraits qu'il fait de son pays. Un film qui entend prendre le pouls du fest-noz, un phénomène qui semble en évolution constante. A l'instar de nos questions sur les identités, le fest-noz oscillerait sans cesse entre tradition et innovation ?

Si l'on en recense plus d'un millier par an, en Bretagne et dans le monde, on peut sans se tromper affirmer qu'ils ne se ressemblent pas tous. Le fest-noz prend un malin plaisir à se réinventer, et nous questionne sur notre capacité à nous adapter. Plus loin de nous les cours de fermes et les fins de moissons, plus proche l'engouement des jeunes Bretons pour des moments collectifs comme Yaouank, qui rassemble des milliers de danseurs à Rennes. Pourtant dans les Monts d'Arrée, les jeunes se réjouissent de tasser la terre ensemble... à une poignée d'amis.

Nous reste intacte la poésie de Marthe Vassalo, chanteuse, quand elle évoque « la houle de la danse » : Qu'elle est belle la danse quand on la voit de la scène, en prenant un peu de hauteur, on voit le pays...
A ses côtés, Mathieu et Erwan Hamon, Jean-Michel Veillon, Yvon Riou, Marcel Guillou , Annie Ebrel, Nolhùen Le Buhé, autant de voix singulières pour nous dire leurs festoù-noz...

Alors, cet été, faites vos curieux, prenez les routes pour courir les festoù-noz ! Profitez même du dossier numérique de BCD, Sonerion, une extraordinaire aventure pour devenir érudits sur la question des sonneurs.

Manu de Gabriel Kerdoncuff nous replonge au cœur des années 70 avec bonheur !


Manu, c'est Emmanuel Kerjean, natif de Bonen près de Rostrenen, en pays fisel. Un fils de paysan, marqué toute sa vie par le chant et la danse de ce pays, de ce terroir qu'il va « porter », « valoriser » à sa façon, dans les festoù-noz comme dans les concours de chant, à Paris comme à New-York où une tournée triomphale le conduit en 1976. Manu disparaîtra en 1997, laissant orphelins toute une génération de chanteurs, qu'il aura cependant su accompagner et former au kan-ha-diskan.

Manu est ici filmé dans la cuisine formica de sa ferme de Plouray, où il vit avec Marie son épouse. On le voit, mise en abîme, se regardant filmé dix ans plus tôt, en compagnie de deux jeunes débutants, Yann-Fanch Kemener et Eric Marchand. Tout l'enjeu de la transmission est là, au fil de ces images en noir et blanc, mais si précieuses aujourd'hui.

Déplacer les montagnes


Déplacer les montagnes est le récit d'une frontière qui se dessine, brutalement, entre l'Italie et la France : pour empêcher les exilé.e.s de traverser la frontière, les forces de l'ordre ont été déployées en nombre ces dernières années sur le versant français des Alpes. La réapparition d'une frontière ne se passe jamais sans violences. Il est rare qu'elle se passe sans solidarité également. C'est ce second volet qu'explore le film, plongée dans la vie quotidienne de ces villages des Hautes-Alpes chamboulée par l'arrivée de jeunes femmes et hommes épuisé.e.s.

Le film fait la part belle aux petites scènes du quotidien, qui pourraient être anodines dans d'autres contextes, qui ici ne le sont pas : se réchauffer les pieds dans une bassine, apprendre quelques mots dans une autre langue, faire un puzzle avec les enfants, chanceler sur des skis. Dans les interstices, partout, de la poésie. Les rencontres improbables créent souvent de la poésie, les fragilités dans la langue d'accueil aussi : C’était une vie simple, mais sucrée, ou encore Beaucoup de gens pleurent en silence et leurs yeux sont calmes.

Mais en toile de fond, la violence de l’État, physique et symbolique, est partout présente. En réponse, la colère, l'indignation : comment peut-on laisser faire ça ? Comment peut-on, aujourd'hui, mourir en montagne entre l'Italie et la France, trébucher en tentant d'échapper à la police et tomber dans la neige, après avoir traversé tant d'autres frontières ? Les longs plans fixes sur les montagnes, immenses et impassibles malgré les tourments qui se jouent à leurs pieds, nous laissent à cette méditation. Et le film pourrait, à défaut de déplacer les montagnes, donner envie d'ouvrir des portes et de faire une place près du poêle à bois.

La langue de Zahra


La langue de Zahra est un film de Fatima Sissani, réalisatrice algérienne. Cette dernière a grandi en banlieue parisienne, entre deux sœurs et une maman venue de Kabylie avec son mari, aujourd'hui disparu. Entre fourneaux et salle à manger, Fatima décide d'interroger sa mère, qui, alors qu'elle est en France depuis 35 ans, ne s'est jamais résolue à apprendre le français. Muette, résignée, assez fataliste, la même Zahra est enjouée, déterminée et bavarde comme une pie dès qu'elle met le pied dans son village, au bled. Fatima et ses sœurs sont fortement ébranlées, émues de ce grand écart que leur mère s'est imposé. L'interrogatoire est tendre et non musclé, les silences de Zahra nous laissent le temps de penser à nos propres anciens, à leur relation avec la culture orale et populaire, entre récits et mythes fondateurs... La langue pour dire une autre façon d'être au monde, c'est bien ce qui se joue dans la cuisine en formica de Zahra.

A signaler que Fatima Sissani sera présente avec son film Tes cheveux démêlés cachent une guerre de 7 ans, portraits croisés de trois résistantes à la colonisation française, lors de l'édition prochaine du Festival de cinéma de Douarnenez. Leurs noms méritent d'être cités : Eveline Safir Lavalette, Alice Cherki et Zoulikah Bekkadour. Chapeau, mesdames !