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Baraques solidaires


Brigitte Chevet nous offre avec son film Baraques Blues une belle histoire de solidarité, qui résonne clairement dans cette période assez clivante que nous traversons. Son film constitue aussi une archive passionnante de l'histoire de l'après-guerre, marquée par la reconstruction. Les baraques, à Brest comme au Havre ou à Lorient, ont en effet permis aux villes détruites par les bombardements, et à leurs habitants, de se reconstruire.

 

Villes-champignons, sorties de terre de façon provisoire grâce au savoir-faire en matière de préfabriqué des USA, de la Suède et de la Suisse. Il s'agit alors de deux modèles, la baraque en bois, 25m², ou le modèle dit « américain », en ciment, plus vaste et avec salle de bain ! Ce sont 4000 baraques qui vont pousser autour des ruines de Brest, regroupées en 25 cités. Elles abritent toutes sortes de réfugiés, abolissant pour un temps les notions de classes sociales, tant tout le monde est logé à la même enseigne. La solidarité est la règle d'or : on s'entraide pour déménager, pour les travaux, les gosses vivent en bandes, et on plante à plusieurs voisins les plate-bandes de fleurs pour ré-enchanter le quotidien...

 

Le traumatisme des bombardements peut dès lors passer à l'arrière-plan, et la vie reprendre ses droits. Dans les années 60, un Brestois sur 6 habite en baraque, remplacés plus tard par des gens venus de la campagne, des plus pauvres encore à la recherche de loyers bas... Les personnes interviewées par la réalisatrice évoquent « une enfance buissonnière au goût de paradis ».

 

La reconstruction de Brest va recommencer dès les années 50, et une ville nouvelle va apparaître, bâtie sur des remblais de ruines, en certains endroits 17 m plus haut que la ville engloutie... Nouvelles rues, cités d'immeubles et de tours qui sortent de terre. Il faut quitter les baraques. Curieusement, ce n'est pas sans mal que les habitants vont prendre possession de leurs appartements neufs et douillets. Leur manquera à tout jamais le voisinage solidaire, le réconfort de ces murs de bois, la proximité solidaire. Les habitants des HLM sont qualifiés poétiquement de « fleurs de béton ».

 

En 1975, le quartier du Polygône abrite le dernier carré de baraques. Toutes seront détruites. Une nouvelle misère va se dissimuler à l'ombre des tours... Ceci est une autre histoire.

Avec nos remerciements à la Cinémathèque de Bretagne pour son autorisation.