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Domestiques au Liban : un film et un site pour aller plus loin...


Bretagne et Diversité a fait le portrait du réalisateur libanais Maher Abi Samra, dont nous aimons les films parce qu'ils nous donnent à voir le Liban sous des angles différents de la presse habituelle :  Rond-point Chatila, sur le quotidien de ce camp de réfugiés palestiniens.  Le terrible Juste une odeur tourné à l'été meurtrier de 2006, Femmes du Hezbollah pour ne pas voir ce parti sous le seul angle manichéen....  Maher fait preuve d'encore plus de ténacité et lucidité en mettant en ligne un site,  Makhdoum, qui regroupe toutes les recherches, récits et analyses qui ont précédé la réalisation de son dernier film, Chacun sa bonne, sur le problème des domestiques au Liban.

Si ce sujet peut nous sembler anecdotique, il est en en fait crucial au Liban . Ces sont plus de 250 000 employées d'origine africaine ou asiatique qui servent quatre millions de Libanais. Une effarante proportion, et surtout des règlements d'un autre temps, puisque régis par une loi coloniale et raciste, importée des états du Golfe et datant de l'occupation britannique.  Ce système Kafala met les domestiques à la merci totale de leurs employeurs, les prive de leurs papiers et identités, et construit une société basée sur la suprématie des "blancs " sur la race servile des "noirs". Fondement, donc, d'une société de domination, de discrimination, que chacun feint d'ignorer, d'invisibiliser, alors que cette question est omni-présente et au cœur de l'intimité des familles.

Le mérite de Maher Abi Samra est de nous confier le point de vue des employeurs, des Libanais, et non des victimes. De multiples interviews, récits nous aident à comprendre comment se font les embauches, les espaces qui sont réservés aux domestiques, les évolutions des lois, les pratiques changeant au fil des décennies, et enfin les terribles réalités d'aujourd'hui, aggravées encore avec le confinement. Entre esclavage et exploitation, maltraitances et non-dits, c'est toute la société libanaise que Maher nous incite à aller regarder droit dans les yeux. Le site, Makhdoum, en anglais et en arabe, est passionnant.