Coup de coeur

Un autre jour sur la plage


Un autre jour sur la plage : un moyen-métrage documentaire de 2002, réalisé par Jérémie Grabayat à Sangatte, dans le nord de la France. Déjà, dans le sable, à la pointe d’un bâton, les hommes qui restent quand les jours passent et que les bateaux partent, écrivent Kurdistan sur la plage en cherchant des yeux l’Angleterre. C’était il y a 15 ans

Un beau film, qui prend le temps de l’attente.. Et le mouvement perpétuel, les lourds cargos qui larguent les amarres, les hommes qui marchent le long des routes, les voitures qui les doublent dans le paysage des plates collines du nord, n’est semble-t-il pas près de s’arrêter. Le savait-il ? Jérémie Grabayat ménage des pauses, intègre dans ces trajectoires des photos noir et blanc, comme des respirations pour voir le vide, le vain. Mais aussi pour capter les regards et l’espoir, les sourires et les chants. Quelques paroles, des scènes de vie. Un autre jour sur la plage, un quotidien à la marge.

Sikitiko, la main du roi


Ou la saga de la main coupée … à Ostende, une enfant mène l'enquête et raconte l'histoire des Braves Ostendais, qui se mobilisent pour obtenir un pardon officiel de la Belgique au Congo pour les atrocités commises durant la colonisation. Sikitiko, une revanche pleine d’humour sur un passé colonial encore trop présent.

Un court-métrage original, drôle et décalé, un véritable pied de nez aux autorités. En 2004, un groupe de citoyens belges coupe la main d'une statue représentant des Congolais remerciant le roi Léopold II de les avoir libéré de « l'esclavage sous les Arabes ». Ils entendent rétablir la vérité, et dénoncer le régime qui coupait la main des esclaves congolais « qui ne travaillaient pas assez bien » dans les plantations d'eucalyptus. S’ensuit une saga politico-médiatique hallucinante, racontée avec ironie dans ce petit film à voir absolument ! (On vous rappelle ici que le prochain festival de cinéma de Douarnenez sera dédié aux Congos … à suivre!)

à la main


On oublie souvent la main du cinéaste quand on regarde un film. On y pense forcément davantage devant un film d'animation. Et face à Migration, de Sylvaine Jenny, vous n'aurez plus le choix. Une mère et sa fille fuient la guerre et les bombes. Marchent, tombent et se relèvent sous la main de la dessinatrice.

La frénésie du dessin est à couper le souffle. Le suspens installé par la musique et les coups de crayons saccadés tiennent le spectateur en haleine. Et laissent flotter l'inconfortable question de cette main en mouvement, responsable à la fois du sang et des sourires, du naufrage et de la plage. Un véritable « dessin animé » très loin des contes de fées, qui interpelle, dénonce et questionne. Tout comme Miniyamba, de Luc Perez : des traits de pastels, de plus en plus sombres au fur et à mesure que le périple des deux personnages approche des rives de l'Europe … au loin des lumières brillent. D'autres documentaires animés sur l'exil et la migration : Then I came by boat, souvenirs d'un exilé vietnamien, et Al Hurriya, rencontre entre une Calaisienne et ses voisins.

KOSOVO


À l'heure où la Catalogne revendique son indépendance, direction le Kosovo, à la rencontre de Fatmireh, jeune citoyenne filmée par Fulvia Alberti dans le cadre d'une série « Portraits d'Européens ».

Un portrait tendre de cette jeune fille aux idées fortes, qui, après la guerre, s'est mise à rêver, et qui aujourd'hui s'apprête à partir étudier à l'étranger pour mieux revenir œuvrer à la réconciliation et à la paix. Une histoire de transitions, donc. De passage à l'âge adulte, de convictions, de famille. Petit à petit, on découvre Fatmireh nominée pour le prix Nobel de la paix, s'exprimant à Genève sur les 3500 disparus qu'a fait la guerre, évoquant le rêve de son frère et de sa sœur dont elle se fait l'héritière… Le rêve d'un pays plus jeune qu'elle qui se construit sur des ruines. Pour Fatmireh comme pour le Kosovo, c'est l'heure d'une difficile indépendance.

Mon Lapin Bleu


Mon lapin bleu, c'est le surnom que vous donnerait Yvonne si vous vous accoudiez à son comptoir. C'est aussi le titre du documentaire que Gérard Alle consacre à cette patronne de bar pas comme les autres. 

Au bord du monde, dans le pays bigouden. Au bord d'une route, un carrefour. Dans un bar anonyme, derrière son comptoir bas, Yvonne essuie les verres, les larmes et les tempêtes. Elle est née là, il y a quatre vingts ans. Puis elle a pris le large et est revenue jeter l'ancre dans cette maison, qui ne se  distingue en rien des autres. Pourtant, si vous en poussez la porte, il y a fort à parier que vous en ressortirez heureux. Loin de la mélancolie, on sort aussi revigoré par la force de ce documentaire, par la philosophie de vivre d'Yvonne et la chaleur humaine qui émane de son petit bistrot … Un tendre réquisitoire ou hommage à toutes les patronnes de bistrot de ce pays.