Coup de coeur

La déchirure


Direction Haïti. Plongée en paradoxe. En 2011, des étudiants en droit de l’Université des Gonaïves choisissent Duvalier comme parrain de leur nouvelle promotion. Duvalier, ancien dictateur, a été chassé du pouvoir en 1986, grâce, entre autres, à la mobilisation des habitants des Gonaïves. Feguenson Hermogène se questionne et nous livre La déchirure : Haïti vit-elle encore sous l’emprise d’un régime déchu ?

Images d’archives et entretiens avec des témoins d’hier et d’aujourd’hui tentent de répondre à cette question cruciale, de creuser les raisons de ce virage paradoxal. Le tout enveloppé dans une musique qui apaise les tensions encore vives. Les plans séquences nous plongent dans le quotidien des habitants de l’île et la voix off du réalisateur nous entraîne dans une enquête passionnante sur l’héritage de la dictature et la difficile reconstruction démocratique, nous transmet ses doutes et nous fait part de ses réflexions. Faut-il oublier ou transmettre ? Le film d’école de Feguenson Hermogène, est déjà une victoire.  

Bisaiak


Un nouveau film basque est en ligne sur bed.bzh. Bisaiak, réalisé par Ibai Aguirrebarrena Mendiboure, Eneko Etxegarai, Mikel Petuya et David Rodrigues revient sur l’engagement de quelques citoyens aux parcours ordinaires mais qui, un jour, ont résisté à leur manière et sont emparés de la cause basque. Pour beaucoup, une évidence…

De longs entretiens entrecoupés de chants basques, d’épisodes dansés et de musique répondent à la question des réalisateurs : pourquoi fait-on le « saut » de la résistance ? Comment s’engage-t-on dans une lutte qui ne vous lâche plus ? Que ce soit un jour en ouvrant la porte à un réfugié ou en défendant un média libre, en revendiquant un militantisme assumé ou en se réclamant d’une simple conscience citoyenne, toutes et tous transmettent un pan de la mémoire collective basque. Un documentaire qui met aussi en lumière une nouvelle génération de documentaristes basques qui s’affranchit des codes pour jouer avec les formes.

Abuela Grillo


 C’est l’hiver et en Bretagne, il pleut un peu. Beaucoup. À nous faire oublier qu’il est des endroits où l’eau est une denrée rare, précieuse, et soumise à l’appétit de grands groupes aux intérêts marchands. En Bolivie par exemple, où un collectif a décidé de s’emparer d’un conte traditionnel ayoreo pour illustrer la lutte des peuples autochtones à disposer de cette richesse naturelle.

Abuela Grillo est une petite vieille dame. Lorsqu’elle chante, elle entraîne derrière elle des nuages chargés de pluie qui arrosent les terres qu’elle arpente, son baluchon sur le dos. Mais ceux qui spéculent sur cette ressource naturelle finissent par réduire la grand-mère en esclavage. Contrainte de chanter pour que l’eau soit ensuite revendue à prix d’or aux habitants, Abuela Grillo voit son peuple et ses terres succomber à la sécheresse… Une histoire cruelle, un dessin tendre, des personnages émouvants et des paysages enfantins : ce court film d’animation est un conte universel sur la lutte des peuples contre la marchandisation de l’eau.

Strike your heart de Wayne Jowandi Barker


On commence l’année en douceur, les pieds dans le sable rouge du nord de l’Australie … Strike your heart, une pépite aborigène de Wayne Jowandi Barker, un cinéaste dont les films sont en exclusivité sur bed.bzh, grâce à la tenacité de l’association Rhizomes et de Barbara Glowczewski.

Tourné il y a tout juste 20 ans, ce court film s’inspire de l’enfance du réalisateur, dans les années 1960 à Broome. Images d’archives, quotidien des adultes et découvertes de l’enfance, bercés par une musique composée par le réalisateur lui même … Entre le clip, la romance et le documentaire, cet objet cinématographique abolit les frontières et diffuse une douce nostalgie. En anglais, non sous-titré, il est accessible à tout le monde : les images et la musique sont universelles.

Un hiver à Istanbul


L’hiver s’installe et c’est l’occasion de revoir le film documentaire de Françoise Bouard et Régis BlanchardUn hiver à Istanbul, tourné en 2009. En Turquie, les purges et les grèves de la faim se suivent et ne se ressemblent pas. Presque aussi sûrement que le printemps arrive après l’hiver, le cycle de la violence politique semble n’avoir d’issue.

« Il suffit que tu sois un opposant au régime pour que tu en sois victime » : voilà ce que racontaient, il y a 17 ans, les journalistes, les militants des Droits de l’Homme et de la démocratie, devant la caméra des réalisateurs. Pour lutter contre l’oppression, l’injustice et les nouvelles prisons de type F, ils font une grève de la faim : le jeûne de la mort. Dehors, la famille, les amiEs et les militantEs se battent pour eux, pour informer, dénoncer. Un documentaire lucide qui fait douloureusement écho à l’actualité. Sur bed.bzh, retrouvez la mémoire du festival sur la 39ème édition consacrée aux Turquies