Coup de coeur

La langue de Zahra


La langue de Zahra est un film de Fatima Sissani, réalisatrice algérienne. Cette dernière a grandi en banlieue parisienne, entre deux sœurs et une maman venue de Kabylie avec son mari, aujourd'hui disparu. Entre fourneaux et salle à manger, Fatima décide d'interroger sa mère, qui, alors qu'elle est en France depuis 35 ans, ne s'est jamais résolue à apprendre le français. Muette, résignée, assez fataliste, la même Zahra est enjouée, déterminée et bavarde comme une pie dès qu'elle met le pied dans son village, au bled. Fatima et ses sœurs sont fortement ébranlées, émues de ce grand écart que leur mère s'est imposé. L'interrogatoire est tendre et non musclé, les silences de Zahra nous laissent le temps de penser à nos propres anciens, à leur relation avec la culture orale et populaire, entre récits et mythes fondateurs... La langue pour dire une autre façon d'être au monde, c'est bien ce qui se joue dans la cuisine en formica de Zahra.

A signaler que Fatima Sissani sera présente avec son film Tes cheveux démêlés cachent une guerre de 7 ans, portraits croisés de trois résistantes à la colonisation française, lors de l'édition prochaine du Festival de cinéma de Douarnenez. Leurs noms méritent d'être cités : Eveline Safir Lavalette, Alice Cherki et Zoulikah Bekkadour. Chapeau, mesdames !

L'Emir Abdelkader, cavalier, résistant, lettré et amoureux...


Alors que nous avons tous les yeux fixés sur l'Algérie, où se profilent de grands bouleversements, nous avons trouvé opportun de donner un coup de projecteur sur le film A la recherche de l'Emir Abdelkader, de Mohamed Latrèche.
Ce film, qui date de 2003 est le premier de ce réalisateur algérien attachant, qui a travaillé depuis en fiction comme en documentaire, signant tout juste un portrait de Boudjemaâ Karèche, ancien directeur de la Cinémathèque Algérienne, ou explorant la genèse de l'extraordinaire film Tahia Ya Didou, de Mohamed Zinet.

Le réalisateur a souhaité nous offrir un portrait plus complexe de l'Emir, au-delà de ses faits d'armes. Celui-ci prit la tête de la résistance à l'envahisseur français, de 1832 à 1847, puis fut défait par le Général Bugeaud. Capturé, il sera envoyé en détention surveillée à Amboise puis à Damas où il finira ses jours, écrivant beaucoup. Derrière la figure très consensuelle du résistant, Latrèche esquisse un homme pétri d'humanisme, poète et philosophe, attaché à la tradition soufi et en même temps moderniste, dans le contexte de son époque. Un exemple parmi tant d'autres : il laissa un testament qui mettait sur un pied d'égalité fille et garçon, quand le droit musulman spécifiait deux parts pour un garçon, une pour la fille.
Portrait à revoir donc, d'un grand mystique arabe, auteur de l'Islam moderne, mais aussi cavalier éperdument amoureux...

A lire pour continuer à chevaucher en compagnie de l'Emir :

« il était une fois des gens qui se battent racontés par d’autres gens qui se battent ... » 


Le dossier Plogoff est une démarche généreuse d’un collectif audiovisuel

Cette semaine, c’est une démarche collective que nous tenons à saluer en forme de coup de cœur : le travail du Collectif Audiovisuel Synaps qui a restauré en 2017 le film Le Dossier Plogoff tourné en 1980 par François Jacquemain.

En effet, ce collectif, qui annonce avoir fait cela avant tout pour le plaisir de renouer le lien entre ceux qui font les films et ceux qui les voient, a vu généreux. Le film est mis en ligne sur leur site, il est recommandé de le faire circuler et on peut juste appuyer la démarche si on le souhaite , soit par chèque ( adresse ci-dessous ), soit par versement paypal en se rendant ici.

Non content d’avoir restauré la copie, en se faisant aider par des amoureux de la pellicule, qui la voient « comme un dialecte qui refuserait de mourir », ils l’ont aussi traduite en 8 langues, dont le breton, le corse ou le grec.

Leur dossier de presse est éloquent : les gestes et les mots des habitants de Plogoff enjambent quelques décennies pour venir offrir une caisse de résonance aux luttes actuelles ... Tout un programme, notamment contre tous les saccages environnementaux .


Par chèque:

à l’ordre de Synaps Collectif Audiovisuel à envoyer, accompagné d’un mot « DON PLOGOFF »,  à Synaps Collectif audiovisuel – 9 rue François Debergue 93100 Montreuil.

MERCI à VOUS !

Regards d'Afrique


Le rédacteur en chef de la revue Africultures, Olivier Barlet vient, suite au Festival du court-métrage de Clermont Ferrand, de signer deux articles passionnants liés à la section regards d’Afrique, qui existe depuis 28 ans au sein de ce festival.  Le premier, intitulé L’intelligence des femmes, revient sur la figure de la femme dans cette sélection. Il cite entre autres films Théâtre urbain de Bob Nelson Makengo, que nous avons intégré sur bed, pour parler de la République démocratique du Congo. Dans le deuxième article, Olivier Barlet revient sur la façon dont nous filmons les migrants.  Intitulé Pour une inversion du regard sur les migrants, son article évoque, au prisme des court-métrages présentés, le migrant boomerang du colonisé, la violence faca à la mondialisation, la valorisation de l’identité de l’autre - mais aussi la difficulté de l’accueillir sans le réduire à la similitude, il faut accepter l’intrus qui est en nous, dit le philosophe Jean-Luc Nancy. 

Enfin, reconnaître en l’autre la part d’opacité que l’on ne peut pas comprendre, C’est cette double reconnaissance qui fonde la solidarité, nous dit-il. A nos écrans ! 

Les frontières autrement...


Et nous jetterons la mer derrière vous, a été présenté en Compétition française du Cinéma du réel en 2015 ( voir notre actu sur l’édition de cette année).

Dans plusieurs pays du Moyen-Orient et de l'Asie centrale, on jette de l'eau derrière celui qui s'en va pour qu'il revienne en bonne santé. On les appelle, migrants, kaçak, metanastes alors qu’ils sont Aziz, Sidiqi, Housine,Younes.

Et nous jetterons la mer derrière vous leur donne la parole, des rues d’Istanbul aux camps de Lesbos. Mêlant les techniques, les voix, les routes et les exils, le film nous embarque à la rencontre de celles et ceux qui errent aux marges du monde. Le doigt sur la carte, devant les tribunaux, dans le chaos du camp ou le hasard des ruelles, ils et elles se racontent, murmurent leurs espoirs à une caméra à l’écoute de leurs rêves. Pas besoin de plus pour comprendre aussi la colère qui naît aux frontières. 
Deux des réalisatrices, Noémi Aubry et Anouck Mangeat, ont aussi réalisé Une autre montagne, un documentaire sur le quotidien de femmes en luttes en Turquie.